Avant le carnaval, c’est déjà le carnaval

Si vous êtes de passage dans la Cidade maravilhosa au début du mois de janvier, n’oubliez pas de préparer votre valise en conséquence et d’y glisser votre plus beau costume de carnaval ! Si en théorie les festivités se tiennent fin février-début mars, en pratique, les Cariocas commencent mi-janvier. C'est la période des préparatifs et aussi l'occasion de vivre un carnaval plus authentique, rendu à la rue et aux habitants de Rio.  

Une histoire du carnaval

Le mélange des genres

À l’origine, vers le milieu du XVIIIe siècle, les gens de diverses classes sociales descendaient costumés dans les rues du centre-ville et se mélangeaient afin de passer – ensemble - un bon moment tout en célébrant cette fête. C’est alors que, une fois par an, il était commun de voir des personnes moins favorisées vêtues en princes ou princesses et des personnes plus aisées revêtir des habits plus simples.

Les premiers défilés

Peu avant le début du XIXe siècle, les premières compétitions, sous la forme d’un défilé accompagné d’un orchestre, sont apparues. Rapidement, celles-ci se sont imposées comme un des moments les plus importants du carnaval.

Àcette époque, les rythmes joués par les musiciens étaient encore fortement influencés par l’Europe. Les Brésiliens dansaient alors aux sonorités de la valse, de la polka et des autres musiques étrangères.

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Dès le mois de janvier, Copacabana est ponctué d'affiches annonçant le carnaval. © Olivier Bodart

L'adoption de la samba

Ce n’est que dans le courant du XXe siècle qu’apparaît, grâce notamment aux Brésiliens d’origine africaine, les rythmes de la samba qui font, aujourd’hui, du carnaval de Rio une expérience unique et inoubliable.

Le mot samba trouve son origine en Angola. Celui-ci est un dérivé du mot semba qui décrit un type de musique rituel pratiqué dans l’ancienne colonie portugaise, pour évoquer les esprits des anciens et les dieux africains.

Retour aux sources

Les Brésiliens n’oubliant pas que tout a commencé dans la rue, ont pris l'habitude de se préparer au carnaval en investissant les rues et espaces publics de Rio, à mille lieues du loin du Sambódromo ou Sapucaí qui est, de nos jours, le théâtre de la compétition officielle entre les écoles de samba.

S'entraîner à la samba

Chaque année et à partir de janvier, vous pouvez pratiquer vos pas de danse au rythme de la samba carioca et des autres musiques traditionnelles !

Tous les week-ends, la mairie ferme plusieurs rues dans différents quartiers de la ville afin que les foliões (participants du carnaval) puissent se préparer ensemble le carnaval.

Et rien n’arrête les foliões, même pas la chaleur de l’été qui, à cette période, est à son paroxysme. Sous une moyenne de 35° C à 40° C à l’ombre et avec un ressenti pouvant atteindre 50° C, les Cariocas s’échauffent, se réchauffent et s’hydratent en abondance tout en arborant fièrement leurs costumes d’hommes des cavernes, de tigresses, de lutteurs gréco-romain, de politiciens, de plantes tropicales, de pirates, de fées des bois, etc. Tout comme la chaleur, la créativité n’a pas de limite !

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Le fête bat son plein dans les rues de Rio. © Olivier Bodart

Partir à la rencontre de son public

C’est à cette période que les blocos s’organisent. Généralement, ils prennent rendez-vous avec leur public dans un lieu connu de tous, facile d’accès et facilitant la concentration. La concentração peut alors débuter. L’orchestre commence à jouer et, petit à petit, la foule se joint aux festivités. Après plusieurs heures, soit les musiciens se mettent en route afin d’arpenter les rues du quartier en quête d’autres foliões, soit ils décident de rester simplement au même endroit.

Qu'est-ce qu'un bloco ?
  • C'est un orchestre qui représente un quartier ou un pâté de maison. Il se compose généralement de percussions et de cuivres et reprend les grands classiques de la samba ou compose ses propres chansons.
  • À Rio de Janeiro, on recense plus de 300 de ces orchestres en plein air.
  • Les plus fréquentés et les plus traditionnels sont : Cordão do Bola Preta, Banda de Ipanema, Bloco das Carmelitas.

La participation est libre ou vous pouvez acheter le T-shirt officiel du bloco afin de soutenir les musiciens dans leurs frais. Les bars avoisinants ou les vendeurs ambulants s’occupent d'approvisionner les fêtards. L’esprit du carnaval de rue est particulièrement contagieux et les petits comme les grands sont les bienvenus.

Certains de ces rassemblements organisés ou spontanés peuvent parfois réunir plus de dix mille personnes ! Imaginez-vous un instant parmi cette foule en délire…

© Juliette Moutarde

Pendant ce temps dans les coulisses…

En parallèle de cette animation particulièrement décontractée, la pression des préparatifs du défilé officiel est à son comble.

Dans les ateliers de couture, chez les menuisiers et dans les salles de danse, les représentants des différentes écoles de samba de Rio s’activent et répètent jour et nuit dans la plus grande concentration et le plus grand secret.

De fait, afin de présenter un spectacle d’une telle envergure, c’est une équipe de plusieurs centaines de personnes qui travaille, sans relâche et durant plusieurs mois dans les coulisses de l’événement.

À cela s’ajoute également plus d’une centaine de figurants qui répètent, sans cesse, les chorégraphies soigneusement préparées par des professionnels.

Bon plan
  • À partir de la mi-janvier, le Sambódromo ouvre ses portes au grand public tous les week-ends.
  • Vous pouvez assister gratuitement aux répétition des grandes écoles de samba.

Le défilé officiel du carnaval de Rio de Janeiro est l’un des événements les plus médiatisés au monde. La plupart d’entre nous garde en mémoire des images retransmises par la télévision, d’une foule de gens habillés en costumes colorés chantant frénétiquement aux rythmes de la samba et dansant énergiquement selon une scénographie grandiose célébrant le Brésil et sa culture.

Cette compétition génère des millions de réais dans l’industrie du tourisme, de la publicité, du marketing et de l’alimentation. Certaines écoles de samba reçoivent même des aides financières en provenance de sympathiques mécènes étrangers, sans compter la présence, chaque année, de nombreuses vedettes étrangères.

photo principale : « Immersion dans un carnaval de rue à Rio » © Olivier Bodart