Grogne à Recife

Il y a encore quelques mois, le quai José Estelita – situé entre Boa Viagem, le quartier  de la classe moyenne supérieure, et le centre historique de Recife – était encore abandonné. Mais, depuis quelque temps, ce lieu oublié cristallise le mécontentement et il est devenu le symbole d'une lutte opposant autorités et activistes.

Le projet Nouveau Recife

Recife est la capitale de l'État de Pernambouc et la cinquième ville du Brésil, avec 1,6 millions d’habitants. C’est la seule ville, avec Rio de Janeiro et São Paulo, qui dispose d'un consulat général de France au Brésil. C’est aussi le principal pôle économique de la région nord-nord-est, mais rarement un sujet local ne dépasse ses frontières. Pourtant cette fois, tout le Brésil en parle.

En 2008, le quai José Estelita est vendu aux enchères publiques à un groupe de BTP, qui souhaite y édifier 12 immeubles de 40 étages, dont 7 résidentiels et 5 commerciaux, et 5 000 places de parking. Ce projet, appelé « Nouveau Recife », entraînerait la destruction de tous les immeubles déjà bâtis sur les quelque 10 hectares que compte le site, une idée loin de faire l'unanimité.

Un groupe d'activistes composé d'artistes, de musiciens, de militants et de jeunes adultes voit le projet « Nouveau Recife » comme une appropriation du quai José Estelita pour des raisons exclusivement économiques. Il souligne également le manque de dialogue et de consultation populaire dans le prise de décisions qui touchent au développement urbain.

Après 2 ans de procès, les propriétaires du Cais obtiennent gain de cause et commencent la démolition des anciens entrepôts. Mais la décision du tribunal suscite un sentiment d’indignation. Juste après le début des travaux, un groupe d'environ 500 personnes se rend sur le site pour l'occuper. Le mouvement #Ocupe Estelita (Occupez Estelita) est né.

 

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Le mouvement #OcupeEstelita

Inspirés par Occupy Wall Street, ces activistes occupent les liens et y proposent activités culturelles et artistiques. Au début, tout se passe très bien. Le hashtag #OcupeEstelita est partout sur les réseaux sociaux et des artistes comme Ney Matogrosso apportent leur soutien. Un concert d’Otto, un autre artiste de renommée nationale, réunit même 10 000 personnes sur place.

Le 17 juin 2014, à 5 h du matin, des dizaines de policiers débarquent sur le site et les membres du mouvement Occupy Estelita n'ont d'autre choix que celui de battre en retraite. Mais comme on le voit dans l'organisation des forums du mouvement, ils n'abandonnent pas la bataille. Pour eux, il ne s'agit plus seulement d'empêcher le fonctionnement des machines. Il y a quelque chose de plus grand en jeu, le développement futur de leurs villes et de leur destin.

Depuis les manifestations de 2013, les Brésiliens ne demandent rien d’autre que ça, être entendus.