Les idoles du sport brésilien

L'identité d'une nation se construit en fonction de ses conquêtes et de ses différences par rapport à l’autre. Pour les pays européens, une grande partie de cette identité s’est construite pendant les guerres du passé, mais pour les pays du « Nouveau Monde », comme le Brésil, ce sentiment s'incarne dans d'autres domaines, dont principalement le sport.

C’est pour ça que plusieurs sociologues disent que les titres de champion du monde de football en 1958 et 1962 sont deux des moments les plus importants de l’histoire du Brésil. Dans une époque où le pays s’industrialisait et s’urbanisait, l’union autour de ses conquêtes formait pour la première fois le sentiment de nation brésilienne.

Depuis, plusieurs gouvernements ont essayé de reproduire ces moments, de nombreux héros sportifs ont été construits (naturellement ou pas) et des nouvelles victoires sont apparues. Pour ceux qui ne sont pas brésiliens, il est facile de retenir les noms de Pelé et Ronaldo, mais au-delà du football, qui sont ces héros du peuple que jeunes et adultes admirent ?

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Ayrton Senna

Contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, la plus grande idole sportive du Brésil ne s’appelle pas Pelé. C’est Ayrton Senna, le triple vainqueur du championnat de Formule 1. Pour tous ceux qui avaient moins de 10 ans lors de l’accident mortel qui tua le pilote, il est peut être difficile de comprendre le magnétisme que Senna exerçait sur son peuple. Il ne fut pas le premier triple champion du sport automobile du pays (Fittipaldi et Piquet réussirent l'exploit avant), ni le meilleur pilote du monde. Mais sa popularité est indéniable.

Peut-être que son sourire de beau garçon, ou ses actions humanitaires faisaient de lui le Brazilian Dream Man. Ou alors, sa sincérité et sa simplicité devant les caméras. Pourtant, c’est l'image de Senna qui réfléchit et fixe son regard dans le vide, quelques heures avant son accident qui reste dans la mémoire collective du Brésil. Le héros transformé en martyr, c'est l'histoire parfaite pour édifier un mythe, et c'est aussi l'histoire de Senna.

Pour en savoir plus, nous vous recommandons de voir l’excellent documentaire Senna.

 

Tout le charme de Senna
Tout le charme de Senna

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Gustavo Kuerten

Que dire de Gustavo Kuerten, "Guga", le chouchou des Parisiens ? Son sourire de gamin a fait de lui un sportif admiré et apprécié n’importe où dans le monde. Non seulement par ses victoires (dont trois titres à Roland-Garros), mais surtout par la vérité et l’émotion que chaque coup de raquette de Guga transmettait.

Le charisme et la spontanéité de Gustavo Kuerten, l'homme qui dessinait des cœurs sur la terre battue de Paris, ne seront jamais dépassés. Encore aujourd'hui, le joueur de tennis est invité par des agences de pub et des programmes de télé.

 

"Guga" à Paris
"Guga" à Paris

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Gustavo Borges, Fernando Scherer et César Cielo

En 2008, la natation brésilienne se résumait à Gustavo Borges et Fernando Scherer, deux nageurs extrêmement rapides, mais qui n’ont jamais atteint la première place. Mais en 2008, pendant les J.O de Pékin, voilà que le Brésil découvre l’existence d un garçon jeune, blond, beau, et au nom italien. Pourtant inconnu du public, César Cielo devient la star numéro 1 du sport brésilien en 4 jours. Un outsider légitime, qui vivait aux États-Unis et qui surgit pour battre tous les records.

Depuis, son pays d’origine a pu découvrir peu à peu que le garçon au visage angélique est un homme à forte personnalité, têtu, qui n’hésite pas à critiquer les institutions sportives. Chaque interview de Cielo est différente. Il peut soit suivre le script classique des athlètes, soit ouvrir son cœur, critiquer la Fédération brésilienne de natation, parler de son abstinence sexuelle avant les J.O ou expliquer pourquoi il se frappe si fort avant de plonger dans la piscine. Tout cela fait une image solide et fiable de Cielo, qui a réussi a se maintenir intouchable même après un scandale de dopage.

 

Avant-Cielo: Scherer et Borges et leurs médailles
Avant-Cielo : Scherer et Borges et leurs médailles

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Bob Burnquist

Bob au Brésil
Bob Burnquist, skater brésilien de génie

Le nom est américain, le sport est américain, et même l’accent est américain. Mais cœur et sang sont brésiliens. Bob Burnquist est une légende, le plus grand skater de tous les temps et l'idole de milliers d'adolescents qui pratiquent le sport.

Dans les périphéries brésiliennes, le skate permet aux adolescents de se défouler et de s'émanciper des instincts de révolte. Dans de nombreuses villes, la place principale est un lieu joyeux synonyme de détente et bons moments entre potes. Bien plus qu'un moyen de transport, la planche de skate et le moyen de vivre mille et une aventures. Ici plus qu'ailleurs, Bob est une idole.

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Oscar Schmidt

Peu de gens le savent, mais avant d’être le pays du foot, le Brésil était le pays du basket. Dans les années 40, l'équipe nationale a réussi des grands exploits, et depuis lors, ce sport s’est établi comme la deuxième préférence nationale. Et dans ce domaine, aucun joueur n’a atteint le niveau d’Oscar, aussi connu comme Mão Santa (la sainte main). Même s'il n’a jamais joué en NBA ou en Europe, Oscar est reconnu mondialement comme un des meilleurs basketteurs de l’histoire et c'est le joueur ayant marqué le plus de points (49 703).

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Acelino Freitas ou Popó

Popó, boxeur brésilien
Popó, boxeur brésilien

Contrairement aux autres sportifs mentionnés ici, qui sont tous issus de la classe moyenne, Popó est né dans une famille pauvre à la périphérie de Salvador. Quand il gagna son premier titre mondial de boxe, il vivait encore dans une maison de 6 mètres carrés, avec ses parents et ses trois frères.

La détermination avec laquelle il battait ses adversaires, en attaquant toujours, sans diminuer l’envie, ni l'impact de ses coups, lui permirent de devenir 4 fois champion du monde de boxe en deux catégories différentes.

© photo principale : Nicholas Bittencourt; © photos articles de haut en bas : Gabriele; Åsmund Ådnøy; Antônio Milena/ABr; Fernando Mafra; Wilson Dias.