Quand le Brésil broie du noir

En 2014, année de la réélection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil, de nombreux défis attendaient le gouvernement. Un an plus tard, au moment où le pays connaît une grave crise à la économique et politique, nombreux sont les Brésiliens à réclamer sa destitution.

Un scandale politique sans précédent

Chaque pays a connu ses propres scandales de corruption dans l'administration publique. Au Brésil, cela ne diffère pas mais l'opération appelée Lava Jato a atteint des niveaux incommensurables et a jeté le pays dans une profonde crise politique.
Ce scandale touche à la fois Petrobras, l’entreprise pétrolière contrôlée par l’Etat, et les géants brésiliens du BTP. Ces deux secteurs travaillent ensemble sur des grands chantiers d’infrastructure. Les entreprises du BTP auraient formé un cartel pour se partager ces marchés et pour les surfacturer. En contrepartie, des pots-de-vin auraient été versés aux partis de la coalition gouvernementale de centre gauche.

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Les montants sont astronomiques : des centaine de milliards de euros auraient été détournés des coffres de la Petrobras pour nourrir les partis politiques et financer des campagnes électorales. Le parti politique le plus touché par le scandale est le parti des Travailleurs (PT) au pouvoir depuis 2002. Ce scandale de corruption a mis le gouvernement à genoux, et ce dernier essuie des critiques de plus en plus véhémentes de la part l'opposition.

Une crise économique de plus en plus inquiétante

Affaiblie politiquement, l’administration de le Dilma Rousseff peine à atteindre son objectif de rompre avec quatre années de faible croissance. Le Brésil est en effet entré en récession : le dollar et l'euro ont atteint des niveaux élevés historiques, les taux d'intérêts tournent autour de 15% par an, le chômage augmente et l'indice de confiance de l'industrie diminue chaque semestre. Les perspectives les plus optimistes indiquent un retour à la croissance timide seulement en 2017.

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L’objectif de rétablissement de l’équilibre des finances publiques afin de restaurer la confiance des investisseurs et d’empêcher une éventuelle dégradation de la note souveraine du pays semble peu concluant.
Les premiers résultats fiscaux sont décevants et les mesures d’ajustement additionnelles (nouvelle hausse d’impôts et coupes budgétaires, cession d’actifs) peinent à être approuvées par le Congrès. De plus, Dilma Rousssef ne peut plus en effet compter sur ses anciens alliés politiques pour faire passer ces réformes et les milieux d’affaires se montrent de plus en plus réticents à l’égard du gouvernement.

Une vague réactionnaire

Le Brésil n'est pas épargné par la montée des extrémismes. En 2015, les Brésiliens ont élu un Congrès farouchement réactionnaire, confiant ainsi le pouvoir législatif à des groupes proches des milieux évangéliques, homophobes et conservateurs.
Les lois visant à désarmer la population pour limiter la violence sont sur le point d'être révoquées. La laïcité de l'État est mise à mal depuis que sont organisées des séances de prières évangéliques au sein même du Congrès. Les droits des femmes sont bafoués avec par exemple la création d’une loi qui exige des hôpitaux qu'ils signalent à la police les patientes soupçonnées d'avoir subi un avortement (interdit au Brésil).
On doit cette vague réactionnaire à un homme en particulier, Eduardo Cunha, président du Congrès et proche des milieux évangéliques. Accusé de corruption et de blanchiment d’argent, Cunha refuse pourtant de démissionner et compte sur le soutien des lobbies les plus conservateurs. Ceux que l’on appelle les BBB (Boi, Bala, Biblia qui signifie "bœuf, balle, bible") : les promoteurs des grands éleveurs, le lobby des armes à feu et la voix des pasteurs évangéliques.
Heureusement, les Brésiliens commencent à descendre dans les rues. Le 28 octobre 2015, des milliers de femmes ont ainsi manifesté, faisant la une de tous les journaux du pays. Quant au voyageur, les taux de change lui sont très favorables et lui permettent de découvrir le Brésil sans (trop) casser sa tirelire.

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© photo principale: José Cruz/Agência Brasil/Creative Commons Attribution 3.0 Brazil License. Autres photos : Rodrigo Arnaiz