Les BRICS en 2014

Dans les années 90, il était beaucoup question dans les cours de géographie de l'émergence des Tigres asiatiques (Thaïlande, Malaisie, Indonésie, Vietnam et Philippines) et de l'insolente réussite économique des Quatre Dragons (Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong).

À la fin du XXe siècle cependant, les Tigres se sont transformés en chats avec la crise financière, et en 2001, l'économiste anglais Jim O'Neill publie un rapport recommandant d'investir désormais dans un groupe de quatre pays qu'il nomma BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine).

Ensemble, ces pays représentent 15% du PIB mondial, 40% de la population, 15% du commerce international et 25% du territoire de la planète. O'Neill prévoit que l'économie chinoise dépassera les économies allemande et japonaise en 2015 et l'économie américaine en 2041. Ses prévisions se révèleront pessimistes : la Chine est aujourd'hui sur le point de dépasser les États-Unis. Et l'Inde, la Russie et le Brésil ont également grandi, étant respectivement les 3e,  6e et 7e économies de la planète.

Qu'est-ce que le BRIC ?

Le BRIC est un groupe de pays qui se distingue par sa force économique symbolique, sa population et l'attraction qu'il exerce sur les investisseurs.

Cependant, le rôle et le potentiel de ces pays dans la politique mondiale sont encore une abstraction, non vérifiée dans la pratique. Plus que cela, contrairement à d'autres groupes tels que l'Union européenne et le Mercosur (Marché commun du Sud. Créé en 1991, il regroupe plusieurs pays d'Amérique du Sud, n.d.l.e.) il n'a pas une identité commune. Les divergences internes sont grandes et le manque de valeurs partagées indéniable.

 

BRIC2010
Dmitry Medvedev (Russie), Lula (Brésil), Hu Jintao (Chine) et Manmohan Singh (Inde), les 4 leaders du BRIC en 2010

Depuis l'apparition du terme BRIC,  la grande question est de déterminer s'il s'agit juste d'un produit de marketing avec un acronyme facile à retenir pour les investisseurs, ou si le BRIC a les moyens de rééquilibrer la balance mondiale du pouvoir.

Plus qu'un groupe économique, le BRIC ambitionne en effet d'avoir un rôle déterminant sur la scène internationale, comme en témoignent les principales demandes du groupe dans les forums internationaux : réouverture des négociations de Doha, soutien financier aux pays pauvres et aux énergies renouvelables, nouveau système de vote pour la Banque Mondiale et réforme du FMI (Fonds monétaire international).

Forces et faiblesses du BRIC

Selon la revue Foreign Affair, sans la Chine, le BRIC ne serait rien. La Russie souffre du vieillissement de sa population, l'Inde et le Brésil de la pauvreté d'une partie de leur population et de leur dépendance énergétique. Consciente d'être la pierre angulaire du BRIC, la Chine a un droit de veto sur toutes les initiatives du BRIC.

D'autres facteurs gangrènent le BRIC. Les quatre États souffrent de la corruption, du travail au noir, de l'instabilité politique et de la grande inégalité interne.

Et la compétition qui règnent entre eux, car ces pays émergents ont aussi besoin de grandir sur de nouveaux marchés, n'arrange pas les choses. En Afrique, la Chine et l'Inde sont en concurrence pour les territoires dans un modèle de soft colonisation. Les stratégies sont variées : d'une part la Chine ne se mêle pas des affaires internes et ne pose aucune condition, à ses prêts et investissements à travers de ses entreprises publiques. D'autre part, l'Inde met l'accent sur l'aspect humanitaire et le partenariat du secteur financier privé dans le domaine technologique et de services.

L'entrée de l'Afrique du Sud et la banque du BRICS

Pourtant, tous ces défis et frictions ne sont pas suffisants pour empêcher la croissance du groupe, dont l'acronyme est aujourd'hui BRICS depuis que le BRIC a été rejoint par l'Afrique du Sud (en anglais, South Africa).

Depuis 2012, les cinq pays négocient et discutent de la création d'une banque pour financer des projets d'infrastructure dans les pays en développement, avec des taux différents et des offres plus intéressantes et moins agressives que celles du FMI. Enfin, la Banque du nouveau développement (BND), créée lors du dernier sommet, a aujourd’hui un capital de 50 milliards de dollars, répartis à parts égales entre les membres fondateurs. Il pourrait atteindre 100 milliards de dollars dans les prochaines années.

 

aaaaa
Les leaders du BRICS déjà avec Dilma Roussef et Jacob Zuma, de l'Áfrique du Sud

L'émergence du BRICS représente un défi philosophique et politique pour les pays qui en font partie, mais n'a presque aucun impact dans la vie du citoyen. Des questions comme les idéaux du marché, de la démocratie, les droits humains et les droits individuels, la croissance, la dépendance, l'impérialisme, l'expansion, la concurrence sont au centre du débat.

Au fond, le groupe peut bien essayer d’exister politiquement, mais la vérité est que la croissance sans changements internes mettra toujours un grand point d'interrogation sur le BRICS, un branding name, plutôt qu'une vraie communauté.

Le BRICS en chiffres
Brésil
PIB (2012) : 22 460 milliards USD, soit 11 171 USD par habitant
Taux de chômage (2012) : 6,1%
Population (2013) : 201 millions
Russie
PIB (2013) : 20 960 milliards USD, soit 14 604 USD par habitant
Taux de chômage (2013) : 5,5%
Population (2013) : 144 millions
Inde
PIB (2013) : 17 260 milliards USD, soit 1 418 USD par habitant
Taux de chômage (2012-2013) : 5,3%
Population (2011) : 1, 211 milliard
Chine
PIB (2013) : 91 850 milliards USD, soit 6 768 USD par habitant
Taux de chômage (2013) : 4,1%
Population (2013) : 1,357 milliard
Afrique du Sud
PIB (2012) : 3 820 milliards USD, soit 7 810 USD par habitant
Taux de chômage (2012) : 25,1 %
Population (2011) : 52 millions
© photo principale : João Felipe C.S ; © photos articles de haut en bas : José Cruz/ABr; Robert Stuckert Filho/PR.