Rio, ville métisse

Au fil des siècles, la ville de São Sebastião do Rio de Janeiro, ou Rio pour les intimes, a été capitale du pays, capitale de l'empire portugais, principale puissance économique et destination touristique majeure. À chaque étape de son histoire correspond une vague de migrants. Ces derniers ont aussi fait de Rio ce qu'elle est aujourd'hui : un incroyable melting-pot culturel.

L'arrivée des premiers colonisateurs

Les Tupinambás, Tabajaras et Goitacazes, entre autres tribus indigènes, habitaient aux marges de la baie de Guanabara à l'arrivée des Portugais.

Bien qu'ayant découvert la future Rio dès 1502, les Portugais ne sont d'abord guère séduits par Rio, lui préférant São Paulo et ses gisements d'argent. Espagnols, Anglais, Hollandais et Français se succèdent le long de la côte de Rio jusqu'en 1555, date à laquelle Nicolas Durant de Villegagnon et 600 colons français fondent sur une île de la baie de Guanabara, un territoire français appelé à devenir la capitale d'une "France Antarctique".

En 1565, les Portugais écrasent ces ambitions et fondent officiellement la ville de Rio. Les conflits entre Portugais et Indiens n'ont pas empêché le métissage. De la culture indienne hélas, il ne reste plus grand-chose et aujourd'hui, certains Brésiliens regrettent la dissolution de la langue Tupi-Guarani et des croyances de leurs ancêtres dans le portugais et la religion catholique.

 

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Les racines africaines du Brésil

Vers la fin du XVIe siècle, Rio devient une position stratégique pour le transit atlantique des navires entre le Brésil, les colonies africaines et l'Europe. Durant cette triste période, des milliers d'esclaves venus d'Afrique débarquent sur les côtes brésiliennes, apportant avec eux la samba, les religions candomblé et ubanda, leur langue et leur cuisine. La feijoada (haricots noirs et viandes diverses de porc), plat national brésilien, trouve ainsi son origine sur le continent africain.

Aujourd'hui l'héritage africain de Rio se retrouve dans le Carnaval, les cérémonies religieuses du nouvel an et la samba traditionnelle de Pedra do Sal, tout près de l'ancien port (Mauá) où les esclaves débarquaient.

Rio, capitale de l'empire portugais

 

La peinture naïve, l'un des aspects de la culture brésilienne
La peinture naïve, l'un des aspects de la culture brésilienne

Au début du XIXe siècle, Rio devient capitale de l'empire portugais. À ce prestige symbolique, s'ajoute le prestige économique d'une ville considérablement enrichie par la production du café. La ville attire des artistes et scientifiques venus de toute l'Europe.

La Biblioteca Municipal (qui était à l'origine à Lisbonne), le Museu de Belas Artes, Quinta da Boa Vista (près du Maracanã) et les bâtiments du Centro sont quelques-uns des trésors hérités de ce bouillonnement artistique et culturel.

Mais l'arrivée des Européens est également à l'origine d'un phénomène moins glorieux. La modernisation de la ville oblige en effet des centaines de Cariocas à se réfugier dans les collines entourant Rio. Les cortiços et favelas, ces ensembles de logements pour les classes populaires généralement surpeuplés, se développent peu à peu.

Rio, symbole d'un Brésil dynamique et entreprenant

Dans la deuxième partie du XXe siècle, Rio accueille une vague importante d'immigrés du Nordeste brésilien à la recherche de nouvelles opportunités de travail, notamment dans les domaines de l'industrie et du tourisme.

Aujourd'hui, la culture du Nordeste est particulièrement perceptible au Centro de Tradições Nordestinas, ou simplement marché de São Cristovão. Il est possible d'y acheter des objets du Nordeste, et tous les Cariocas s'y rendent volontiers en fin de semaine pour y écouter du forró et manger un plat traditionnel.

Aujourd'hui, Rio résonne des accents venus des quatre coins du monde. Les migrants continuent d'affluer, notamment depuis l'Europe. Déçus par la crise et la morosité du Vieux Continent, de jeunes entrepreneurs s'installent à Rio, séduits par le dynamisme et l'insolente réussite de la ville. L'intérêt croissant suscité par la ville a hélas entraîné une forte spéculation et l'augmentation des prix se fait de plus en plus lourde à porter pour les Cariocas.

© photo principale : Juliette Moutarde © autres photos : Antoine Lorgnier, Patrick Le Floc'h