Pénurie d’eau à São Paulo

En mai 2014, et pour la première fois depuis des les années 70, les réservoirs du système Cantareira, principale source d'approvisionnement d'eau de São Paulo atteignaient leur niveau le plus bas depuis les années 70, confrontant les habitants à une crise de l'eau sans précédent. Un an plus tard, en mars 2015, les premiers effets de cette crise se font déjà sentir. Qu'ils vivent dans les quartiers pauvres ou les quartiers résidentiels, tous les habitants de São Paulo, capitale économique du Brésil, sont rationnés en eau. Le doux euphémisme de "réduction de la pression de l'eau" employé par les pouvoirs publics ne change rien au problème : l'eau ne coule plus chez beaucoup de citoyens.

Les ressources naturelles du Brésil

La crise a surpris tout le monde au Brésil. Du jour au lendemain, un pays habitué à consommer beaucoup d'eau (en moyenne 220 litres par jour et par personne, contre 110 litres recommandés par les organismes internationaux) a été confronté à une sécheresse imprévue.
Pour comprendre l'ampleur de l'impact de cette nouvelle, il est nécessaire de se rappeler que le Brésil n’est pas un pays aride, désert, comme le Pérou et le Chili, par exemple. Au contraire, il s’agit d'un pays avec 12% des ressources hydriques et la plus grande forêt du monde. Comment en est-on arrivé là ?

Les causes de la pénurie d'eau à São Paulo

Les autorités pointent le réchauffement climatique et l'insuffisance des précipitations comme responsables de la sécheresse, une explication qui ne convainc pas vraiment les experts. Pour eux, si 2013 et 2014 ont effectivement été des années de faibles précipitations, la destruction des espaces verts dans les grandes villes explique aussi ce déséquilibre.
Autre cause probable de cette pénurie, la vétusté des canalisations. La Sabesp, l’entreprise responsable de l'approvisionnement en eau de São Paulo, estime que 30% du volume d'eau transporté est perdu à cause de cette vétusté. À titre de comparaison, au Japon, ce nombre est inférieur à 10% et en Europe, il se situe entre 12% et 15%. La réparation de ces tuyaux n'est pourtant pas à l'ordre du jour. Ces travaux ne sont pas très populaires auprès des habitants de São Paulo, car ils entraînent fermeture des rues et embouteillages… Du coup, les élus municipaux renâclent à commencer des travaux qui pourraient les priver de voix aux prochaines élections !

 

Le Brésil – qui possède 12¨% des ressources hydrologiques mondiales – doit pourtant faire face à la pénurie d'eau.
Le Brésil – qui possède 12% des ressources hydrologiques mondiales – doit faire face à la pénurie d'eau.

Des mesures inefficaces pour lutter contre la pénurie d'eau

Depuis mai 2014, les mesures politiques prises pour limiter la consommation d'eau touchent le seul citoyen, sans s'attaquer à la consommation d'eau des grandes industries. Pire, un reportage récent montre que les plus grands consommateurs d'eau bénéficient même de rabais sur leur facture d'eau.
Les responsables de la crise, le gouvernement de l'État de São Paulo et la Sabesp demandent plus d'argent pour de nouveaux travaux et pour construire de nouveaux barrages. Selon les experts ce sont des mesures palliatives, qui n'auront aucun effet à long terme.
Il est temps de repenser le modèle de consommation d'eau. Réutiliser l'eau des douches, installer des systèmes de collecte des eaux de pluie, des panneaux solaires. Ces mesures sont discutées en Europe dans un contexte écologique, mais pas encore à São Paulo. Cette crise est difficile, mais comme disent les Japonais, toutes les crises ouvrent une porte pour la construction de nouvelles routes.

© photo principale : Spectral-Design / Fotolia.com © photo article : Guillaume Saint Martin