What’s the funk ?

Aux dires des amateurs, le funk est la nouvelle samba. Non que ces deux styles musicaux se ressemblent, mais comme la samba des années 20, le funk des années 80-90 a d'abord eu mauvaise réputation, avant de s'imposer dans tout le brésil. Retour sur la naissance d'un style, le funk carioca ou baile funk.

L'arrivée du funk américain et du Miami bass au Brésil

Dans les années 60, Rio de Janeiro, commence à résonner des accents du funk américain. La soul de James Brown en particulier conquiert des pans entiers de la capitale brésilienne. Le rythme agressif et syncopé du funk gagne d'abord les quartiers les plus populaires avant de séduire la jeunesse dorée carioca, qui se l'approprie.
Pour se différencier des classes sociales privilégiées, les classes populaires laissent tomber le funk et à partir des années 80, un nouveau style s'impose : le Miami bass. Ce sous-genre du hip-hop est introduit au Brésil par les DJ brésiliens de retour de Floride,. Les paroles des plus grands succès de Miami bass sont à caractère explicitement sexuels, mais ne choquent pas outre mesure puisqu'une grande majorité de Brésiliens ne les comprend pas. À l'unanimité en revanche, ils plébiscitent ces rythmes rapides et mélodiques. Le funk carioca naîtra de ce coup de foudre du Brésil pour le Miami bass.

Stevie B Spring Love

L'éclosion du funk carioca

C'est en 1989, que le funk carioca s'impose définitivement, grâce aux premiers MCs brésiliens chantant en portugais. D'Eddy est le premier jeune issu de favela a connaître le succès en tant que MC. Ses paroles évoquent la vie des favelas, la violence et les problèmes quotidiens des personnes les plus pauvres de Rio, comme lui-même. Dans ce qui peut être considéré comme le premier tube du funk, Rap do Pirão, D’Eddy chante tout simplement au sujet de deux favelas et demande que les personnes ne se battent pas. Aussi simples que ça.

MC D'Eddy Rap Do Pirão

Les ambiguïté du funk

Assimilé, phagocyté, cannibalisé par le funk brésilien, le Miami bass est aujourd’hui méconnaissable. Les basses sont toujours bien présentes, mais aux rythmes basiques de l’électro sont venus s’ajouter des rythmes plus brésiliens, issus de la samba ou de la batucada, et aux sons des boîtes à rythmes sont venues se greffer des samples de percussions traditionnelles.
À Rio de Janeiro chaque week-end, les baile funk ou bal funk font salle comble. Mais le ton âpre du funk et la violence des paroles déplaisent aux autorités. La police brésilienne voit dans ces rassemblements nocturnes qui réunissent 2 000 jeunes en moyenne le nid de toutes les dérives. La réalité leur donne un temps raison puisque les baile funk deviennent le théâtre d'affrontements sanglants entre gangs rivaux, répartis en team-A et team-B. Tous les coups sont permis tandis que sont scandées des paroles guerrières et que les basses font trembler les murs. Instrumentalisés par les médias et les autorités, ces affrontements suscitent plusieurs vagues d’interdictions des baile funk.
Mais le genre résiste et se fait pacificateur donnant naissance à un nouveau style musical appelé melody. Ses paroles apaisées fédèrent un nombre croissant d'amateurs et les radios commerciales s'emparent du phénomène. Des artistes de funk comme Claudinho et Buchecha sont parmi les plus vendus du pays.

Claudinho e Bochecha Nosso sonho


Dans sa forme originelle, le funk brésilien a un peu plus de mal à se faire entendre, surtout depuis 2000 et l'adoption d'une loi encadrant les baile funk des favelas, et 2008, année durant laquelle commencent de violentes opérations de « pacification » des favelas en vue de la Coupe du Monde de 2014 et des jeux olympiques de 2016. Reste que le funk brésilien survit dans certaines favelas "non pacifiées" et dans celles tenues par les milices paramilitaires. Surtout, il est le genre des favelas, celui qui raconte la misère et la violence quotidienne de ces ghettos et l'incroyable vitalité de ses habitants.

Cidinho & Doca Rap Das Armas (Parapapapa)